La peur de mal faire : et si mon perfectionnisme finissait par m’auto-saboter ?

 

Quand j’ai commencé à travailler pour mon propre compte, je me suis dit que le perfectionnisme était une qualité. Je pensais que c’était la marque des personnes qui prenaient leur travail à cœur. Et comme je voulais bien faire, je cherchais à montrer que j’étais sérieuse et appliquée.

Mais avec le temps, j’ai compris que ce perfectionnisme me paralysait.

Devant mon ordi, je passais des heures à reformuler une idée, à peaufiner un visuel ou à réécrire un texte déjà clair. Et parfois… je ne publiais rien. Comme si l’idée d’être imparfaite en public était plus grave que de ne rien dire du tout.

C’est là que j’ai compris : ce n’était pas du perfectionnisme mais de la peur. Une peur habilement déguisée, qui murmurait : “Et si tu te trompais ? Et si on te jugeait ? Et si tu faisais mal ?”

Le perfectionnisme : une peur qui se déguise en exigence

Le perfectionnisme se présente souvent comme une qualité. Une forme de rigueur et de souci du détail. Mais dans bien des cas, ce n’est pas de l’amour du travail bien fait… mais bien une peur maquillée.

C’est la peur de mal faire, de ne pas être à la hauteur ou encore d’être jugée, rejetée ou mal comprise.

Je le sais parce que je l’ai vécue.

Quand j’ai commencé à travailler comme webdesigner, je me souviens de l’angoisse qui m’envahissait à l’idée de montrer mes premières pages web. Je craignais qu’elles ne plaisent pas, qu’on les trouve moches ou trop basiques. À côté de ca, je passais des heures à ajuster des détails minuscules, pas toujours parce qu’ils avaient un impact… mais parce que j’espérais qu’en contrôlant tout, j’éviterais d’être critiquée.

Le perfectionnisme est nourri par l’angoisse du regard de l’autre. Il pousse à vouloir tout maîtriser : le fond, la forme et l’impact.

Et quand je devais écrire un nouveau contenu, ce besoin de contrôle réapparaissait. Je rééditais alors mes textes encore et encore, car j’étais incapable de les juger “assez bien”. Je relisais chaque phrase pour m’assurer de ne rien dire de faux, de ne froisser personne, et pour ne pas perdre en crédibilité.

Mais ce que j’ai fini par comprendre, c’est que quand on veut plaire à tout le monde ou qu’on cherche à éviter toute critique ou toute erreur, on finit par s’enfermer dans une prison mentale.

Au final, le perfectionnisme n’élève pas toujours la qualité de ce qu’on crée. Mais il empêche des fois que ca voie le jour.

Ce que cette peur produit : inertie, procrastination & sabotage

Le problème c’est que quand on a peur de mal faire, on ne reste pas simplement inactive.

On se raconte qu’on “prend le temps de bien faire”, qu’on attend d’avoir le bon moment, la bonne idée ou les bonnes conditions pour agir. Mais en réalité, on s’immobilise. On retarde l’échéance et on finit par se saboter.

Le perfectionnisme n’est pas seulement une exigence de qualité. C’est souvent une excuse bien habillée. C’est une façon élégante d’éviter le risque, la confrontation ou l’exposition.

Et le problème avec cette quête de perfection, c’est qu’elle nous fait perdre un temps fou.

En tant qu’entrepreneure, quand on cherche absolument à tout bien faire, on risque :

  • d’attendre éternellement d’avoir la bonne idée, que ce soit pour créer son entreprise ou pour lancer un nouveau produit.
  • de retarder le lancement de son offre sous prétexte qu’elle n’est pas encore “parfaite”, alors qu’il se peut très bien qu’il n’y ait aucune demande réelle pour ce produit, ou qu’il ne parle même pas à notre audience.

On finit par bâtir des châteaux de sable dans notre tête. Et pendant ce temps-là, rien ne se passe concrètement.

Austin Kleon, dans Steal Like an Artist, nous dit de ne pas attendre de savoir qui on est pour commencer à créer.

Car attendre d’avoir toutes les réponses avant d’agir, c’est rester figée dans un rêve de maîtrise totale qui n’existe pas au final.

C’est dans l’action qu’on se découvre, qu’on affine et qu’on comprend ce que l’on veut vraiment.

Ce que j’ai appris, c’est que cette peur ne disparaît pas avec le temps. Elle s’apprivoise par le mouvement. Et chaque fois qu’on avance, même d’un petit pas, elle finit par reculer un peu plus.

Apprendre à accepter l’erreur : ce que l’action nous enseigne

En tant qu’entrepreneure, ce que j’ai appris, c’est que l’erreur n’est pas une punition, mais un passage obligé. Mais il faut aussi comprendre pourquoi elle nous fait si peur.

Depuis l’enfance, on nous a conditionnés à l’éviter. À l’école, l’erreur est stigmatisée : elle fait baisser la note, elle est soulignée en rouge, et elle est pointée du doigt. Elle diminue la valeur de ce qu’on sait, et de ce qu’on est censé maîtriser. Résultat : on apprend très tôt que pour “bien faire”, il faut ne pas se tromper.

Alors on intègre ce schéma. On devient alors prudente. On attend de “savoir parfaitement” avant d’oser. Et cette logique nous suit, même à l’âge adulte.

Sauf que dans l’entrepreneuriat, rien n’est figé et les choses changent régulièrement.

L’erreur n’est plus un échec. Elle devient une information.

Elle nous dit ce qui ne fonctionne pas ou ce qui doit être ajusté. En d’autres termes : elle nous apprend.

Il faut garder à l’esprit que personne ne devient douée en restant cachée dans ses brouillons ou en gardant ses idées dans sa tête.

On s’améliore en agissant, en testant, en observant ce qui fonctionne… et ce qui ne fonctionne pas.

Donc quand on crée quelque chose, on doit apprendre à supporter l’inachevé. On doit faire confiance au processus, même quand tout n’est pas parfait.

Et surtout : on doit garder à l’esprit que l’on peut apporter de la valeur, même dans l’imperfection.

Comment avancer malgré la peur de mal faire

La triste nouvelle c’est que le perfectionnisme ne disparaîtra pas en un jour. Mais ce que l’on peut faire, c’est le contourner ou essayer de le désamorcer. Un petit pas à la fois.

Voici ce qui m’a aidée à avancer malgré cette peur tenace de mal faire :

 

Adopter une logique de “version bêta”

Attendre d’avoir une version parfaite avant de lancer un projet, c’est souvent la meilleure façon de ne jamais le lancer.

Quand j’ai créé ma formation “Site web & SEO”, j’ai tout de suite décidé qu’il y aurait plusieurs versions. J’avais d’ailleurs appelé ma première version, la V0. Parce que je savais que ce ne serait pas une version définitive. Mon but n’était pas de créer quelque chose d’irréprochable dès le départ, mais de proposer une première base solide, que j’améliorerais au fil du temps grâce aux retours de mes apprenants, et à ma propre progression.

C’est une manière de désacraliser la création. Il faut se se rappeler qu’un produit, un service ou un projet, ça peut évoluer. Et que la première version n’a pas besoin d’être parfaite pour avoir de la valeur.

 

S’autoriser à apprendre en public

C’est ce que j’ai fait dès mes débuts. Avant de vendre quoi que ce soit, j’ai simplement commencé par partager ce que j’apprenais en conception web sur un blog. C’était brut, spontané, sans autre objectif que d’exprimer mes découvertes.

Et ce sont ces partages, honnêtes et imparfaits, qui m’ont permis de mieux comprendre les besoins de mon audience et de poser les bases de mon activité. En partageant mes apprentissages en temps réel, j’ai aussi appris à me détacher du besoin d’être experte à tout prix.

Je gardais à l’esprit que je n’avais pas à tout savoir sur tout pour apporter de la valeur. Tant que mes contenus pouvaient aider quelqu’un qui en savait un peu moins que moi, alors ils avaient leur place. Cette manière de faire m’a permis d’avancer, de créer, et de contribuer, sans me laisser freiner par l’obsession de la légitimité.

 

Fixer une règle de livraison

L’un de mes antidotes au perfectionnisme, c’est d’avoir une méthode claire pour finaliser mes contenus. Je passe par trois stades :

  1. Un brouillon brut, où je pose toutes mes idées, sans me relire, sans chercher à faire joli.
  2. Un enrichissement, où je complète avec des données, des exemples, des liens logiques entre les parties.
  3. Une relecture finale, pour harmoniser et fluidifier l’ensemble.

Et je m’arrête là. Pas de quatrième ou cinquième phase. Cette structure m’aide à avancer, livrer mon travail, et surtout… à ne pas m’autosaboter.

Au final, faisons ce qui dépend de nous, sans crainte du regard des autres

Marc Aurèle écrivait : « Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les jugements qu’ils portent sur les choses. »

Cette pensée résume ce qui alimente notre peur de mal faire : ce n’est pas tant l’acte en lui-même, mais la façon dont on anticipe qu’il sera perçu.

Le stoïcisme nous invite à revenir à l’essentiel : agir selon ce qui dépend de nous, et laisser aller tout le reste.

Dans Le courage de ne pas être aimé, qui expose la pensée du psychologue Alfred Adler, on découvre l’idée que : si une tâche vous revient, alors c’est à vous seule d’en décider l’issue. Le regard des autres n’en fait pas partie, puisque ce n’est pas de votre ressort.

On comprend alors que l’on perd une énergie précieuse à vouloir contrôler ce que l’on ne peut pas maîtriser : le regard des autres, leurs réactions et leurs jugements.

Mais on en regagne autant le jour où l’on décide de ne plus attendre d’être “prête”, irréprochable ou validée, pour faire ce qui nous semble juste.

Parce qu’au final, c’est en agissant qu’on apprend. C’est en osant se tromper qu’on construit ce qui nous ressemble.

Et si, au lieu de craindre le regard des autres, on commençait simplement à faire de notre mieux, pour nous-même, et ce à notre façon ?

6 questions pour éviter l'auto sabotage quand on a peur de mal faire
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Écrit par : Liya Bentchikou - Webdesigner et fondatrice de Pinroo

Je partage mes réflexions et les expériences qui m’aident à avancer,  en espérant qu’elles puissent vous aider, vous aussi. Le but étant de créer une vie et un travail qui ressemble à chacun.

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